"La rigueur du raisonnement théorique ne se sépare jamais chez Riffaterre de la pratique de la lecture : ses brillantes analyses élucident quelques-uns des textes les plus problématiques de la poésie française, de Mallarmé à l'orange bleue d'Eluard, de Lautréamont à l'écriture automatique des surréalistes". (Michel Rifaterre)
Michael RiffaTerre , Semiotique, De La Poesie

Le poème est une entité finie et close qui doit être analysée avec une méthode sémiotique.
1. Le langage poétique ≠ langage courant. La poésie a sa propre grammaire, bien qu’elle utilise aussi le langage courant. Tension permanente entre langage poétique et langage courant.
2. Principe constant de la poésie : « un poème dit une chose et en signifie une autre ».
3. Trois façons de produire l’obliquité sémantique :
3.1 Déplacement = le mot renvoie en fait à un autre,
3.2 Distorsion = ambiguïté, contradiction ou non-sens,
3.3 Création du sens = utilisation de plusieurs éléments linguistiques qui n’ont aucun sens mais qui, regroupés, font sens.
4. Obliquité sémantique menace (ou annule) la représentation littéraire de la réalité (mimésis) :
4.1 S’écarte de l’horizon d’attente du lecteur ou de la vraisemblance
4.2 La représentation de la réalité altérée par « l’agrammaticalité » (en tant que le poème créé sa propre grammaire qui n’est pas forcément une violation de la grammaire de la langue courante).
5. Signifiance = unité formelle et sémantique du poème = UN TOUT
6. Sens = information transmise par le poème au niveau de la mimésis = MULTIPLICITÉ
7. Poéticité = modification continuelle de la mimésis ; = fonction co-extensive au texte lié à la réalisation limitée du discours et enfermée dans les limites assignées par l’incipit et la clausule.
8. Manifestation de la sémiosis lors du passage de la mimésis à la signifiance.
9. Lecture d’un poème :
9.1 décodage du poème par la mimésis, compréhension du sens, première interprétation, lecture heuristique. Lecture 1 nécessaire à cause de l’agrammaticalité du poème : le lecteur doit passer par l’obstacle de la mimésis,
9.2 seconde interprétation, modification de la première compréhension du texte, lecture herméneutique. Décodage structural car « le texte est une variation/modulation d’une seule structure et cette relation à une seule structure constitue la signifiance » : le lecteur arrive à la signifiance du poème. Il y arrive car la signifiance naît de la transformation faite par le lecteur.
10. La langue altère la réalité. Le code du poème est symbolique : l’unité textuelle renvoie à un sens sous-jacent dérivé d’un mot clé.
11. Un signe est une relation à autre chose, il est signifiant que parce qu’il peut être traduit dans un autre réseau systématique (c’est-à-dire une langue). Tout ce que dit le poème doit donc pouvoir être rendu dans le « code initial » (la langue courante). Sans cela, le poème n’est plus une unité et on ne peut reconnaître le lien entre la clausule et le titre.
12. Le poème peut ne pas transmettre de message : la mimésis, omniprésente, n’est qu’une illusion pour servir la sémiosis qui elle-même ne renvoie à rien. Cas extrême qui montre cependant que « la poésie est avant tout un jeu ».
13. Le poème naît de la transformation d’une phrase minimale (=matrice) en longue périphrase complexe et non littérale. La matrice peut n’être qu’un mot qui dans ce cas sera absent du poème.
14. La signifiance du poème (principe d’unité et d’obliquité sémantique) naît du passage de la mimésis à la sémiosis dans le texte.
15. Le poème (en tant qu’unité close) est comme une catachrèse qui a pour conséquence la « surdétermination » : plus le texte est agrammatical plus il motive le langage. 3 fonctions de la surdétermination :
15.1 Rendre possible la mimésis,
15.2 Rendre le discours littéraire exemplaire,
15.3 Compenser la catachrèse (fonction spécifique de la poésie).
16. Concept de poéticité inséparable de celui de texte. Pour le lecteur, la poéticité est fondée sur l’intertextualité provoquée par les mots (un mot évoque un texte).
SOURCE: http://overcritique.unblog.fr/2014/02/28/semiotique-de-la-poesie-de-michael-riffaterre-par-cassandra/ Consulté le 11/04/18